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Itinéraire au Chili d'Isabelle & Jean-Luc - décembre 1998

Samedi 5 décembre

3H30 du matin : toc toc toc… les trois coups sont donnés par papa Savignon, en cette froide matinée de décembre. Après nous être rapidement douchés et avoir avalé un café et un petit croissant, nous sortons avec armes et bagages. Nous chargeons la voiture. Un peu de neige virevolte dans le ciel, ce qui provoque la plus vive inquiétude chez le père Savignon, qui démarre en trombe, au cas où le temps se dégraderait en chemin.

Heureusement, il ne se gâtera pas et nous arrivons vers 5 heures 45 à l’aéroport de Satolas, malgré une barrière de dépose minute récalcitrante.

Nous cherchons le comptoir d’enregistrement de la compagnie Régional Air Lines avec laquelle nous devons voler jusqu’à Madrid. Nous y enregistrons 3 bagages.

Vient alors le temps des au revoir avec mes parents. Un certaine émotion se lit sur le visage de maman Savignon. Nous passons le portique vers la zone d’embarquement. J’essaie de parlementer pour ne pas passer mon appareil photo aux rayons X, mais c’est peine perdue. C’est promis, je ne recommencerai pas…

7 heures : L’avion s’envole comme prévu, en direction de Madrid. Le vol se passe sans encombre. Nous avons même la chance d’apercevoir les Pyrénées au petit matin. Nous arrivons finalement à Madrid, vers 8H30. Ici, nous devons maintenant patienter pendant 3H15.

Nous commençons par nous dégourdir les jambes, en arpentant les couloirs de l’aéroport, puis nous sortons un petit moment, afin de profiter des premiers rayons de soleil de cette matinée glaciale (-4°).

Après avoir bu un jus d’orange dans la zone d’embarquement de l’aéroport, nous nous installons à bord du Boeing 747 de la compagnie Aérolinéas, qui va nous emmener jusqu’à Buenos-Aires. Là commence la partie la plus longue de notre périple. Nous attendons tout d’abord une heure à terre, avant de nous envoler pour 12 longues heures.

Nous arrivons finalement à 21H, heure locale, à Buenos-Aires. Nous avons moins d’une heure pour prendre l’avion suivant, qui nous mènera au but de notre voyage, à Santiago du Chili. Alors que nous sommes déjà installés dans l’avion, nous assistons au chargement des bagages. Nous voyons défiler un, puis deux de nos bagages, mais pas le troisième. Isabelle va faire part de notre observation à un steward, qui nous rassure… mais ne voyant toujours rien venir, elle insiste. Il nous affirme alors que tous les bagages de l’avion de Madrid ont pu être chargés, que le notre l’a sans doute été avant que nous ne puissions le voir. Toujours est-il que l’avion s’envole, alors que le doute est toujours installé en nous.

Nous atteignons Santiago, à minuit, au terme de 21 heures de voyage.

Après être passé par la douane, nous allons récupérer les bagages, et nous constatons qu’il nous en manque un…. Suivent alors des palabres avec un agent d’Aérolinéas, pas excité du tout, ce qui nous irrite encore plus, nous qui sommes extrêmement fatigués et qui n’avons qu’une envie : dormir… Nous nous retrouvons finalement dans les bureaux d’Aérolinéas, où nous sommes accueillis par le señor Francisco Aranda qui prend notre déclaration de perte de bagage. Comme il nous demande où nous allons dormir, Isabelle lui donne le nom de notre hôtel. Il nous dit alors que le quartier dans lequel celui-ci se trouve, n’est pas très bien famé ; Il nous propose le nom d’un autre hôtel, le Libertador, puis nous propose de déléguer quelqu’un de la compagnie Aérolinéas pour nous emmener là bas.

Nous arrivons finalement à l’hôtel Libertador, vers 2 heures du matin, où nous prenons possession d’une chambre à 50 dollars.

Nous pouvons enfin nous mettre au lit : cela fait 27 heures que nous sommes levés.

Dimanche 6 décembre

8 Heures : le réveil sonne. La nuit a été courte. Nous avons très mal dormi, trop fatigués peut-être, énervés par l’absence de notre bagage, un sac à dos contenant tout le matériel de camping. Comment faire pou récupérer ce sac ? Nous n’avons pas de point fixe au Chili. Et nous devons prendre l’avion pour Puerto Montt à 11 Heures.

Nous quittons l’hôtel vers 9 heures 30. Le véhicule qui nous avait amené la veille, nous attend.

A l’aéroport, nous enregistrons nos deux bagages restant. Profitant d’une attente d’un peu plus d’une demi-heure, nous nous dirigeons vers le bureau d’Aérolinéas, afin d’avoir des nouvelles de notre sac. Là, une dame nous affirme que notre bagage a été retrouvé, qu’il est en route vers Santiago, et qu’il sera redirigé vers Puerto Montt, où nous l’aurons à disposition dès demain matin.

C’est donc le cœur allégé, que nous prenons l’avions pour Puerto Montt. Dans l’avion, nous bavardons avec un gars ressemblant à Jean Reno, qui travaille dans l’industrie du saumon dans l’île de Chiloé.

Nous atteignons Puerto Montt vers 12H30, au terme d’un vol assez tranquille. Nous prenons aussitôt possession d’un véhicule que nous avions réservé depuis la France.

Entre temps, nous prenons connaissance des subtilités du téléphone chilien, avec plusieurs compagnies concurrentes, et on nous conseille de nous rendre dans un centre de Llemadas, en fait un ensemble de cabines publiques, pour effectuer nos appels.

Nous nous dirigeons donc vers Puerto Montt centre. Nous trouvons une petite ville portuaire, dont la majorité des maisons paraissent relativement insalubres. Nous y passons nos appels, puis repartons, en direction du Nord, vers le lac Llanquihué, un des plus grands d’Amérique du Sud. Nous longeons la côte sud du lac, entre les petites villes de Puerto Varas et Ensenada. Nous y découvrons un paysage verdoyant, dominé par deux énormes volcans Osorno et Calbucco, dont les sommets nous sont malheureusement cachés par une couche de nuages bas. Nous prenons ensuite la direction du lac de Todos Los Santos, enserré dans les montagnes. Pour l’atteindre, nous devons suivre une route qui se transforme rapidement en piste, traversée par d’impressionnantes ravines, provoquées par la fonte des neiges du volcan Osorno. Chemin faisant, nous admirons les chutes d’eau de Pétrohué, remarquables par le débit de la rivière et les entailles faites par l’eau dans le socle volcanique.

Nous revenons ensuite sur nos pas, et nous nous trouvons dans la charmante ville de Puerto Varas où nous trouvons un "Hospidaje" (ou chambre d’hôtes) dans une maison coquette appartenant à des gens d’origine allemande, comme il y en a beaucoup dans ce secteur.

Lundi 7 décembre

Nous avons passé une excellente nuit, dormant tous les deux comme des loirs. Le matin, vers 7 heures, je pars faire un footing, parcourant la ville en tous sens. Je découvre notamment l’existence d’une ligne de chemin de fer apparemment abandonnée, sur laquelle stationnent de vieux wagons.

Vers 9 heures, nous quittons nos hôtes de la nuit. Nous dénichons quelques vieilles maisons en bois de Puerto Varas. Puis, nous nous dirigeons vers l’aéroport, pour récupérer notre bagage manquant.

Une mauvaise surprise nous y attend : le bagage n’est toujours pas là. Par l’intermédiaire d’un employé de la compagnie chilienne Lanchile, nous contactons à nouveau Aerolinéas, qui ne peut guère plus nous renseigner : si le bagage n’est pas arrivé par le vol initialement prévu, il arrivera sans doute par le suivant…

Nous voilà donc revenu au point de départ, envahi par une sourde angoisse, avec la sensation de gâcher notre début de vacances.

Essayant d’oublier l’incident qui nous préoccupe, nous nous dirigeons vers le centre de Puerto Montt, avec l’intention d’y faire quelques courses. Nous nous retrouvons bientôt, au milieu d’une intense activité, une espèce de joyeux souk dans lequel nous achetons quelques provisions.

Après une heure passée à déambuler dans Puerto Montt, nous quittons la ville, en direction du sud-ouest. Très vite, la route goudronnée laisse place à une piste très bosselée. Nous progressons maintenant à 20 kilomètres heure. Chemin faisant, nous prenons en stop un indien Mapuche, accompagné d’un jeune garçon, sans doute son fils. Nous les laissons quelques kilomètres plus loin.

Nous traversons un paysage d’une grande beauté, parsemé de petites maisons tout en bois, qui semblent n’être parfois que de simples cabanons ne contenant pas le confort minimum auquel nous sommes habitués.

Vers 14 heures, nous faisons une halte dans un vallon herbeux surplombant la mer, afin de nous remplir l’estomac. Nous reprenons bientôt la route. Parmi les sites observés, nous remarquons une longue passerelle en bois traversant une baie, permettant aux habitants d’un petit hameau situé à l’autre bout du pont, de rejoindre rapidement la route principale.

 

Nous aboutissons finalement dans la petite ville de Calbucco. Celle-ci est situé sur une île, reliée au continent par une petite digue d’à peine 100 mètres. Nous y dénichons un magasin vendant entre autres choses, des articles de sport, et notamment du matériel de camping. Nous voulons acheter une bouteille de gaz de camping, en prévision de notre futur raid pédestre, programmé pour la deuxième partie du voyage. Nous ne trouvons pas de modèles adaptés à notre réchaud. Nous décidons finalement d’acheter un nouveau réchaud. Comme nous racontons à la vendeuse nos petites misères, celle-ci nous confie qu’elle aussi avait été victime quelques temps auparavant, d’un retard de bagage à l’aéroport, et elle nous conseille de nous adresser à un organisme de défense des consommateurs.

En sortant du magasin, nous nous dirigeons vers un centre d’appel téléphonique, afin de rappeler Aérolinéas. Cette fois-ci, c’est "la totale": notre interlocuteur nous annonce qu'il n'a aucune nouvelle de notre sac, et qu'il ne peut pas nous garantir de délai, pour que nous le récupérions. Nous sommes effondrés. Isabelle a les larmes aux yeux. Dans la foulée, elle appelle l'organisme de défense des consommateurs à Puerto Montt. Son interlocutrice lui demande d'attendre un tout petit moment au centre d'appel, jusqu'à ce que quelqu'un vienne prendre notre témoignage… et effectivement, à peine 5 minutes plus tard, un homme se présente à nous, et nous demande de le suivre, afin que nous lui expliquions très précisément notre problème. Il nous emmène dans une annexe de la mairie, où il prend note. Plusieurs collègues viennent nous rejoindre, et chacun y va de sa petite phrase, créant une ambiance réconfortante.

Notre déposition faite, nous demandons à nos hôtes, si ils ne connaîtraient pas une adresse de gens de confiance, chez qui nous pourrions passer la nuit. L'un d'eux nous conduit chez un couple de personnes âgées, qui nous accueillent gentiment. Nous y passons une agréable soirée, faisant connaissance avec le Maté, boisson chaude constituée de feuilles pillées de houx du Paraguay, que l'on boit à l'aide d'une "bombilla", petit tube métallique, par lequel on aspire l'infusion et à l'autre bout duquel se trouve un filtre. Nous devisons également sur la situation politique du Chili, et en particulier sur le cas "Pinochet".

Mardi 8 décembre

Aujourd'hui, fête de l'immaculée conception, c'est jour férié au Chili.

Nous prenons un petit déjeuner copieux chez le couple de personnes âgées qui nous a accueilli. La dame est vraiment très attentionnée à notre égard. Nous prenons une petite photo pour immortaliser notre passage, puis nous partons, en direction de Chiloé.

En route, nous sommes surpris par les vastes superficies dévastées par des incendies. De grands panneaux nous apprennent un peu plus loin que ces incendies sont une pratique habituelle en vue d'effectuer la culture sur brûlis ; le gouvernement chilien lutte actuellement contre ces pratiques.

Vers midi, nous embarquons sur le ferry qui va nous conduire à l'île de Chiloé.

Aussitôt débarqués, nous sommes immédiatement confrontés au monde enchanteur de Chiloé, en traversant le petit village de Chacao. Sa place principale est entourée de maisonnettes en bois, peintes de toutes sortes de couleur; Parmi toutes ces maisons multicolores, se trouve une petite église de couleur bleu ciel.

Nous nous dirigeons ensuite vers la ville d'Ancud, ancienne capitale de l'île, située au nord-ouest. Le temps est couvert, avec de temps à autre une éclaircie, alternant avec du crachin.

En ce jour férié, la ville d'Ancud est très calme. Nous garons la voiture vers le port, puis nous partons visiter la partie nord de la ville. Nous atteignons un fort sur lequel se trouvent des canons pointés vers la mer. Une plaque commémorative nous apprend que l'endroit fut le dernier du Chili libéré de la présence Espagnole, en 1826.

Un peu plus tard, nous nous dirigeons en voiture vers le sommet d'une colline dominant la ville, d'où nous avons une vue assez belle, mais malheureusement gâchée par le ciel bas et gris.

C'est avec cette vision, que nous quittons finalement la ville d'Ancud, pour nous diriger vers le sud. La route jusque là très belle, se dégrade fortement par moment, du fait de la disjonction de certaines plaques du revêtement en ciment.

Le paysage traversé est constitué d'une succession de collines verdoyantes, sur lesquelles l'habitat est très peu dense. Nous sommes intrigués par la présence, auprès de chaque maison, de petites tourelles, surmontées d'une grande cuve. Il s'agit de puits artésiens, pour l'alimentation en eau de chaque habitation, la dispersion des maisons rendant difficile l'édification d'un réseau d'eau potable.

Après environ 75 kilomètres, nous atteignons le village de Dalcahué au moment où se déroule une procession en l'honneur de l'immaculée conception.

Nous devons nous garer, afin de laisser place au cortège qui remonte une côte, à l'entrée du bourg. Le cortège, haut en couleur, est emmené par un char, sur lequel a été placée une statue de la vierge, surmontée des drapeaux du Chili et de l'île de Chiloé; Suit alors une foule assez dense montant à pied, précédent de peu une cohorte de véhicules de toutes sortes, crachant et pétaradant.

Nous assistons durant un petit moment à la messe, avant de descendre vers le village, dans le but de trouver une pension pour la nuit. Le choix en la matière est assez limité.

Nous trouvons finalement une chambre à l'étage d'une petite maisonnette aux murs pas plus épais qu'une feuille de cigarette. A chaque pas, toute la maison semble trembler, et le confort est minimal, avec notamment une douche qui tient plus du mince filet d'eau, mais c'est propre et pour 6000 Pesos au total, petit déjeuner compris (soit 75,00F), nous ne pouvons guère nous plaindre.

Après nous être reposé, nous allons faire un tour dans la petite ville; Nous longeons son port, éclairé par une belle lumière de soleil couchant. Des pécheurs s'affairent sur des bateaux.

Nous atteignons un restaurant, qui est mentionné comme le meilleur du village, dans un de nos guides. Nous y entrons. Il est 19H30. La serveuse, une jeune femme peu aimable, nous dit que le service de restauration ne commence qu'à 20 heures. Qu'importe, le cadre est agréable, le restaurant dominant la mer, et nous nous installons pour boire un verre, en attendant l'heure du repas. A 20 heures 15, le cuisinier n'a pas encore donné signe de vie. Entre temps, la serveuse s'est installée devant la télévision, qu'elle fait "brailler à fond". Finalement, nous décidons de déguerpir, pour filer vers un autre restaurant, certes pas aussi bien situé, mais où la patronne nous accueille avec un large sourire. Nous constituons notre menu à base de fruits de mer.

Mercredi 9 décembre:

Nous prenons notre petit-déjeuner vers 9 heures. C'est un peu frugal, comparé à la veille… Nous quittons la pension et cherchons un centre de "Llamadas", afin de prendre des nouvelles de notre sac à dos. Isabelle appelle Aérolinéas à Santiago; Elle joint Francisco Aranda, l'homme que nous avions rencontré, lors de notre déclaration de perte de bagage; Celui-ci nous annonce que notre sac a été retrouvé et qu'il a été réexpédié à Puerto Montt, où il nous attend. Nous poussons un grand soupir de soulagement. Nous préférons cependant appeler Puerto Montt, où la nouvelle nous est confirmée.

Le cœur léger, nous reprenons notre véhicule, et nous dirigeons vers un embarcadère, où nous attendons le petit bac folklorique qui va nous permettre de faire la courte traversée, en direction de l'île d'Achao. Sur cette côte Est de Chiloé, s'égraine un chapelet de petites îles, dont Achao est la principale.

Une fois débarqué, en marche arrière, sur le débarcadère pentu de l'île d'Achao, nous nous engageons sur la route principale, qui est en cours de goudronnage. Des portions de cette route sont en circulation alternée, convoyée par un véhicule guide, ce qui donne un petit coté aventure à l'expédition.

Nous atteignons le village de Curaco de Velez, où nous nous arrêtons un moment; Nous y découvrons de belles maisons en bois, témoignant d'une certaine richesse passée de ce village.

Nous repartons bientôt et suivons ce que nous croyons être la déviation de la route principale d'Achao. En fait, un panneau mal placé nous a induit en erreur. Au bout de cinq ou six kilomètres, nous nous retrouvons dans un cul de sac, charmant au demeurant, avec deux petites maisons colorées, perdues au bas d'un vallon très verdoyant, le tout sur fond de mer.

Nous effectuons quelques pas sur une plage de galets jusqu'à une bicoque délabrée, et pourtant habitée semble t'il, puisque toute une basse-cour rode autour.

Nous regagnons notre véhicule. Nous gravissons avec difficulté la côte qui permet de quitter le vallon. Nous voilà de nouveau à Curaco de Velez.

N'ayant toujours pas compris où se situe la déviation de la route principale de l'île, nous rejoignons cette dernière, où nous attendons patiemment notre tour d'alternance, afin de poursuivre notre chemin vers le bourg principal de l'île.

Nous atteignons un belvédère sur la petite ville d'Achao et sa baie enserrée entre deux lignes convergentes de collines formant avec la côte un triangle presque parfait; nous décidons d'effectuer là une pause pique-nique. Une demi-heure plus tard, nous sommes sur la place principale de la ville, où nous garons notre véhicule.

Nous admirons durant quelques instant l'église, puis nous déambulons dans les rues non goudronnées, jusqu'au bord de mer, où se trouve un marché artisanal. Nous y achetons une écharpe en laine écrue à un vieille dame apparemment assez pauvre.

Au bout de deux heures de visite, nous reprenons la route, en direction de la pointe est de l'île. Les paysages sont de plus en plus sauvages, le relief plus marqué. Au bout de 10 kilomètres de pistes, nous arrivons à l'imposante église de Quinchao.

Celle-ci est la plus grande église en bois de Chiloé. Elle est malheureusement en mauvais état, soutenu sur tout un pan par des cales; Un panneau nous indique qu'un programme de restauration, financé en partie par la communauté européenne, est engagé. Autour de cette grande église, ne se trouvent que quelques maisons de pécheurs. Beaucoup de papiers gras jonchent le sol, indice qu'ici même, s'est tenu la veille, une célébration de la fête de l'Immaculée Conception en présence d'une foule importante. L'intérieur de l'église est décoré de guirlandes multicolores inhabituelles en un tel lieu.

L'église de Quinchao marque le terme de notre avancée sur l'île d'Achao. Il faut dire que la pointe de l'île n'est plus très loin. Nous rebroussons chemin, repassons par la ville d'Achao, parcourons à partir de l'autre extrémité, la déviation que nous n'avions pas trouvée à l'allée, et comprenons où s'est établie notre méprise.

Nous reprenons le bac, pour nous retrouver à Dalcahué, d'où nous gagnons la capitale de l'île de Chiloé, Castro. Nous atteignons cette ville vers 18 heures, et nous nous mettons en quête d'un hôtel. Nous trouvons une chambre à notre convenance à la "Casita Espagnola", hôtel très confortable, située presque en plein centre.

Après une douche et un court repos, nous partons à la recherche d'un restaurant. Nous trouvons notre bonheur sur le port, en nous installant à la table du restaurant Octavio. Nous y dégustons d'excellents plats à base de fruits de mer et de poissons.

 

Jeudi 10 décembre

Levée vers 8 heures 30, nous avalons un copieux petit déjeuner, avant d’aller faire quelques courses à Castro. Au marché artisanal, nous trouvons de magnifiques vestes en laine, pour des sommes tout à fait modiques. Après ces quelques emplettes, nous quittons la ville, vers le sud. A la sortie de Castro, nous admirons les pellafitos, des maisons construites sur pilotis au dessus de la mer.

 

Quelques kilomètres plus loin, nous quittons la "Ruta n° 5" et prenons la direction du village de Cucao, porte d'accès du parc national de Chiloé, situé à l'ouest de l'île, le long de la côte pacifique. Pour nous amener jusque là, nous devons suivre 35 kilomètres de piste, parfois très chaotiques. Au kilomètre 5, alors qu'une violente averse s'abat, nous traversons un petit village, situé à l'extrémité Est d'un lac s'étirant jusqu'à la côte pacifique, le long duquel nous allons maintenant progresser. Les conditions climatiques alliées au caractère de plus en plus sauvage de la région, ajoute une touche aventureuse à notre expédition vers le pacifique, en nous donnant l'impression de nous enfoncer jusqu'au bout du monde.

La civilisation se rappelle à nous, un peu plus loin, lorsque nous apercevons des hommes au travail dans ce qui semble être un élevage de poissons, situés sur le grand lac que nous longeons. Nous nous arrêtons, afin d'obtenir des renseignements sur l'activité de ces hommes. Nous sommes devant une ferme aquacole dédiée à l'alevinage des saumons; celui-ci est réalisé dans ce lac, du fait de sa faible salinité et d'une température de l'eau adéquate.

Cette année cependant, celle-ci est un peu trop haute, ce qui peut provoquer l'eutrophisation de l'eau, et l'asphyxie des poissons. Pour pallier ce risque, les techniciens de la ferme peuvent être amenés à injecter de l'oxygène dans l'eau. Au moment où nous arrivons, les hommes s'affairent autour d'un camion de pompage, à l'aide duquel ils aspirent les poissons parvenus à la taille suffisante, soit 140 grammes. Ces saumons seront ensuite transportés jusqu'aux élevages situés en pleine mer, où ils atteindront leur taille d'adulte, avant de finir dans nos assiettes.

Laissant les hommes à leur labeur, nous reprenons la route de Cucao, longeant lacs et forêts impénétrables, sans voir âme qui vive.

Alors que nous roulons encore sous un ciel gris et bas, nous apercevons au loin vers l'ouest, une bande de ciel dégagé. Cette première vision se confirme, et lorsque nous atteignons le petit village de Cucao, un beau soleil nous inonde.

Nous garons la voiture, et préparons un petit sac à dos, avant de partir randonnée. Tout de suite, un obstacle se présente à nous: il s'agit d'une rivière; Le pont qui l'enjambait a été détruit par une tempête, et un nouvel ouvrage est en cours de construction. En attendant, un vieux monsieur se charge de nous faire traverser en barque.

Nous partons alors sur les chemins du parc national de Chiloé, qui vont nous mener sur les plages du pacifique.

Après nous être acquittés d'un droit d'entrée auprès des gardes du parc, nous nous dirigeons vers le nord, en suivant un chemin serpentant entre les dunes vers la gauche, et des petites montagnes sur la droite. Nous passons près de maisons très modestes, perdues dans ces lieux inaccessibles en voiture.

Plus loin, nous passons devant une église, prés de laquelle paissent des moutons.

Nous traversons ensuite un pont de bois, au delà duquel nous commençons une progression dans les dunes.

 

Au bout d'une heure environ, nous atteignons presque l'océan. Il nous faut cependant franchir une lagune, ce que je fais malgré la réprobation d'Isabelle, qui craint qu'il n'y ait des sables mouvants. L'eau m'arrive à mi cuisse. Arrivé sur l'autre rive, je convainc Isabelle de me suivre, et nous nous trouvons bientôt face aux rouleaux de l'océan pacifique.

Il est 15 heures 30: il est grand temps pour nous de pique-niquer. Nous faisons ensuite quelques jeux de plages, sur cette aire déserte à perte de vue, puis nous repartons. Au moment de franchir à nouveau la lagune, nous constatons que l'eau a monté, sous l'action de la marée. Je me déshabille complètement pour traverser; plus de peur que de mal, l'eau n'a monté en fait que de quelques centimètres.

Nous refaisons le chemin en sens inverse, jusqu'à atteindre le refuge d'entrée du parc. Nous discutons durant un moment avec un garde, qui nous explique que le village de Cucao n'est desservi par une piste que depuis 12 ans, que le réseau d'électricité a été installé il y a 5 ans, et que la réception TV n'est possible que depuis deux années.

Nous retraversons la rivière vers le village, conduit en barque par un jeune garçon, puis nous décidons de trouver pension dans le village même. Nous nous hébergeons dans une belle maison tout en bois, où la patronne nous accueille avec une grande gentillesse.

Nous prenons le repas du soir dans cette demeure; celui-ci est excellent et très diététique. Nous soignons également les coups de soleil que nous avons reçu au cours de l'après-midi, faute d'avoir eu sous la main notre crème solaire, celle-ci étant restée dans le sac à dos égaré.

Vendredi 11 décembre

Nous émergeons paisiblement vers 8 heures 45. Les douloureux coups de soleil reçus la veille, se font sentir. Une bonne douche en élimine quelques traces. Notre petit déjeuner est assez copieux, puis, au moment de partir, le patronne de l"hopidaje" nous offre une petite bouteille remplie de myrtes en sirop, qu'elle a confectionnée elle-même.

Nous retournons par le même itinéraire que la veille, vers la route n° 5. Nous nous dirigeons alors vers la petite ville de Chomchi. Nous y visitons un intéressant musée rural, guidé par un gentil papi qui nous explique un certain nombre d'éléments de la vie d'antan à Chiloé. Nous sommes notamment impressionnés par l'intérieur reconstitué d'une ancienne cabane chilotte, composée d'une seule pièce, au milieu de laquelle se trouvait un grand âtre, légèrement en dessous du niveau de la pièce, autour de laquelle les habitants s'installaient pour manger et dormir.

Nous apprenons également que le tremblement de terre qui secoua le Chili en 1960, avait provoqué l'abaissement brutal de plus de trois mètres, des terrains portuaires de Chomchi, plongeant un grand nombre d'habitations sur pilotis, au dessous du niveau de la mer.

Après cette visite, nous achetons quelques souvenirs, puis nous repartons en direction de Castro. Nous y faisons quelques courses, y pique-niquons sur la grand-place centrale, puis nous décidons d'aller visiter la presqu'île qui fait face à Castro, au nord-ouest.

En chemin, nous nous arrêtons sur le bas coté de la route, afin d'entreprendre une fouille systématique de nos bagages: au moment de téléphoner en voulant utiliser ma carte téléphone ; deux heures plus tôt, je n'ai pas trouvé mon portefeuille Etant donné que celui-ci ne contient ni argent ni pièce d'identité, je ne me suis pas affolé outre mesure, mais je reste turlupiné par cette disparition. La recherche parmi mes bagages n'est pas vaine, et me permet de mettre la main sur le portefeuille.

Nous progressons maintenant sur une piste contournant la baie de Castro. Nous filons en direction du petit village de Tutuy, qui se situe juste en face de Castro.

En chemin, nous nous engageons sur une piste qui nous mène jusqu'à une petite crique où se nichent quelques maisons multicolores. En approchant de la mer, le chemin a une déclivité de plus en plus forte; Cela inquiète Isabelle, dans la perspective de la remontée, d'autant plus qu'elle s'aperçoit que le sol relativement meuble risque de nuire à l'adhérence de la voiture.

Je passe outre ces remarques, et descend jusqu'à la plage avec notre véhicule.

Nous cheminons durant un moment au bord de l'eau, profitant de l'atmosphère paisible du lieu, puis nous rebroussons chemin, moi au volant, Isabelle à pied, afin de mettre le maximum de chance de notre coté pour remonter la difficile côte. Et ce qui devait arriver arriva: alors que je ne suis plus qu'à 10 mètres de la fin de la partie la plus pentue de la grimpette, la voiture se met à patiner. Plus moyen d'avancer. Isabelle, de plus en plus inquiète, se voit déjà passer la nuit ici. Je la rassure, en lui disant qu'au pire, nous trouverons bien quelque autochtone, pour nous aider à pousser la voiture, puis j'effectue une nouvelle tentative, en redescendant en marche arrière, afin de prendre un maximum d'élan sur la partie la moins pentue située au début de la côte, pour passer la zone difficile. Et c'est ainsi que nous nous tirons de ce mauvais pas.

Nous rentrons alors à Castro. Nous y cherchons une nouvelle fois une chambre pour passer la nuit. Nous nous adressons à un logis vivement conseillé par le guide du routard. L'accueil y est sympathique, et l'intérieur de la pension est confortablement aménagé. Nous prenons une bonne douche, puis nous descendons jusqu'au port, où nous décidons de prendre le repas du soir, dans le même restaurant qui nous avait régalé, deux jours auparavant.

Nous sommes les seules clients du restaurant. Par ailleurs, une équipe cinématographique s'affaire dans un coin et semble reconstituer l'intérieur d'un navire. Le serveur nous explique que les trois membres de cette équipe réalisent un petit film, dans le cadre d'un festival de films amateurs racontant des légendes de l'île de Chiloé.

Samedi 12 décembre

En ce samedi matin, je me lève vers 8 heures, et pars faire un footing d'une dizaine de kilomètres autour de la baie de Castro. Un agréable soleil inonde la région. De retour vers 9 heures, je trouve Isabelle encore au lit. Nous passons ensemble à la salle de bain; j'en profite pour laver un peu de linge salle. Voici une activité que je pratique quotidiennement depuis le départ, afin que nous ayons assez de vêtements propres pour la totalité du voyage. Les ceintures de sécurité à l'arrière de la voiture nous servent d'étendage.

Nous descendons déjeuner. A la table commune de la pension, nous trouvons deux groupes de Français… le "routard" est passé par là! Avec ces deux groupes, nous échangeons nos itinéraires respectifs. Les uns viennent de Santiago en bus et stop, et se dirigent vers la Patagonie, par le bateau du Puerto Montt à Puerto Natales. Les autres viennent du sud via Punta Arenas et le parc national Torres del Paine. Le patron du gîte nous plaisante gentiment à propos de la coupe du monde de Football, prétendant que la victoire française n'est due qu'à quelques pots de vin. Et si c'était vrai…

Nous quittons les lieux vers dix heures, pour nous rendre au marché artisanal, sur le port. Nous y achetons quelques cadeaux et souvenirs.

Tout prés, des paysans habitants les îles environnantes vendent le produit de leurs terres le long du port, tandis que d'autres s'activent à décharger des légumes d'un bateau, pour une charrette tirée par un cheval. Nous laissons définitivement Castro, non sans un pincement au cœur, tant notre séjour ici a été agréable.

Nous remontons vers le nord. En chemin, nous faisons un petit détour par le petit village de Quemchi, un charmant petit port de la côte orientale.

Nous flânons un moment dans le village. Il fait beau et nous en profitons pour sortir le pique nique, sur un ponton du port.

Nous repartons de ce lieu enchanteur vers 14 heures.

Une heure plus tard, nous atteignons le bac de Chacao qui doit nous ramener sur le continent. Durant la traversée, nous apercevons la chaîne de la cordillère à l'est, et vers le nord, notre regard est attiré par une pyramide blanche presque parfaite. Il s'agit du volcan Osorno, pourtant situé à prés de 100 kilomètres à vol d'oiseau.

A 16 heures, nous touchons la terre. Nous poursuivons notre route, à une bonne vitesse, jusqu'à Puerto Montt, puis nous décidons de nous diriger vers l'aéroport, pour enfin récupérer notre bagage. Nous nous adressons à un agent de la compagnie Lanchile absolument pas au courant de notre affaire. Il appelle successivement plusieurs personnes, sans obtenir de renseignements. Un technicien tout proche lui dit se souvenir avoir reçu un grand sac à dos correspondant au signalement du notre. Il pense qu'il a été entreposé dans un local de la compagnie, à moins qu'il n'ait été réexpédié… Tandis que l'agent disparaît à la recherche de notre sac, nous commençons à nous inquiéter à nouveau, d'autant plus que l'absence de l'agent se prolonge durant de longues minutes. Enfin, il réapparaît, suivi par un manutentionnaire portant notre sac…. Nous poussons un grand ouf de soulagement.

Après avoir vérifié que rien ne manquait à l'intérieur du sac, nous quittons l'aéroport et reprenons la route numéro 5, en direction du nord.

Notre objectif est d'atteindre le nord du lac Llanquihué, celui-là même prés duquel nous avons dormi, lors de notre première nuit dans la région. Nous faisons d'ailleurs un petit détour par la petite ville de Puerto Varas, qui nous avez accueilli, une semaine auparavant. Par beau temps, nous découvrons un visage de la ville beaucoup plus accueillant. Nous admirons le volcan Osorno, omniprésent, avec son dôme de neiges éternelles surplombant majestueusement les flots bleus du lac Llanquihué.

Nous poursuivons notre route, et atteignons le village de Puerto Octay vers 18 heures 30. Nous suivons alors une piste qui nous amène jusqu'à l'hôtel Cintinella, situé au bout de la presqu'île du même nom, où nous demandons un hébergement pour les trois jours qui suivent. Le réceptionniste nous propose des "cabañas", sorte de mobil home, très nombreux dans la région. Nous nous installons dans une de ces cabanes dominant le lac, situées face au volcan, puis nous prenons le repas dans l'hôtel, dans une ambiance rendue un peu austère par le fait que nous sommes les seuls clients.

Dimanche 13 décembre

Contrairement au plan que nous avions initialement établi, nous décidons, ce matin, en nous levant, de ne pas rester une nuit de plus dans notre cabane. Certes, nous avons très bien dormi; Cependant, la fraîcheur régnant à l'intérieur de l'habitation et la morosité ambiante de ce "Finistère" nous incitent à rechercher un lieu plus accueillant.

Le montant facturé pour le sobre repas que nous avons pris la veille, nous confirme dans notre choix.

Au moment de payer, comme nous demandons à payer en dollar, le réceptionniste nous calcule le montant, en pratiquant une règle d'arrondi qui nous est particulièrement défavorable. Nous protestons pour le principe et obtenons finalement gain de cause.

Nous démarrons notre véhicule, pour effectuer la plus courte étape de notre périple… Moins de deux kilomètres plus loin, nous nous présentons dans une pension très bien située, sur une sorte d'isthme d'à peine plus de 50 mètres de large, à la limite de la presqu'île de Centinella. Une plage fait face à la résidence. L'intérieur est également agréable. Enfin, le prix est deux fois et demi inférieur à celui pratiqué la nuit dernière. Nous prenons donc la décision, cette fois-ci ferme et définitive, de rester ici, durant les deux nuits suivantes.

Isabelle discute durant un moment avec la patronne, une dame d'un certain âge, qui vit seule, aidée par une jeune fille métisse. La propriétaire lui confie qu'elle a des origines françaises de part son grand-père paternel. Elle porte d'ailleurs le nom de Touret.

Une fois toutes ces opérations effectuées, nous décidons d'aller visiter le village de Puerto Octay. Après avoir envisagé de nous y rendre à pied, nous prenons finalement la voiture, afin d'éviter de respirer, en cheminant le long de la piste, les nuées de poussière soulevée au passage de chaque véhicule.

Une fois arrivés au bourg, nous effectuons quelques courses, puis nous partons pour un petit tour pédestre. En chemin, nous passons près d'un camping, d'où s'élève une certaine animation. Des jeunes grattent la guitare, tandis que des gens discutent tranquillement et font ripaille sous les arbres. Nous nous approchons, car j'ai repéré des barques à louer, sur la berge.

Je convainc Isabelle de venir faire un tour sur le lac. Nous prenons possession d'une embarcation. La fille qui s'occupe des locations me demande si je sais ramer. Je répond fièrement oui, mais je déchante un peu, quelques instants plus tard, lorsque je rencontre certaines difficultés à sortir la barque de son lieu d'amarrage. Je retrouve finalement mes marques, et commence à pagayer en direction du large, sous les yeux d'Isabelle, qui n'est qu'à moitié rassurée.

En nous éloignant un peu du rivage, nous affrontons des eaux un peu plus agitées, ce qui fait quelque peu tanguer la barque, et achève d'inquiéter Isabelle. Nous faisons donc demi-tour, après avoir contourné deux minuscules îlots habités uniquement par des canards, et reposons pied sur terre, au bout d'une demi-heure.

Nous poursuivons notre ballade.

Nous traversons maintenant un quartier situé sur le sommet d'une colline dominant le lac. Cet endroit est magnifiquement situé, mais les habitations qui le composent sont très pauvres.

Il s'agit de cabanons faits de bric et de broc, dans lesquels les hommes vivent au voisinage de la basse-cour. Malgré ces conditions difficiles, nous rencontrons des enfants heureux, qui jouent tout simplement dans la rue.

Nous regagnons notre véhicule et retournons à notre pension. Nous préparons quelques vivres, puis nous allons à la plage située juste en face. De nombreuses personnes profitent de ce dimanche ensoleillé de fin de printemps, pour faire "trempette".

Voyant tous ces gens en train de s'ébattre dans le lac, je décide de les imiter, et tente la baignade. Mais dieu que l'eau est fraîche. A mon avis, elle ne dépasse pas les 15 degrés. Je fais quelques brasses et reviens bien vite, tout transis.

Nous restons encore quelques temps sur la plage, puis nous rentrons à notre résidence. Nous ressortons vers 18 heures, pour aller au salon de thé de "tante Valy", situé en pleine campagne, prés de la route de Frutillar.

Nous nous retrouvons dans une ambiance typiquement Allemande, où nous dégustons d'excellents gâteaux, appelés "Kuchenes", suivant une étymologie mélangeant l'Allemand Kuchen signifiant gâteau et une terminaison hispanique. Nous terminons la journée par un footing au soleil couchant, jusqu'à l'hôtel où nous avons passé la nuit précédente. Nous revenons, en longeant la plage, ce qui nous donne l'occasion de faire un bain de pied, au moment de longer une baie le long de laquelle la grève a laissé place à des roselières.

Lundi 14 décembre

Ce matin, nous paressons un peu plus que d'habitude. Nous nous levons vers 9 heures 30, puis nous partons après un rapide petit-déjeuner, en direction du nord, vers le lac Rupanco, situé à une soixantaine de kilomètres.

Après quelques kilomètres de bitume, nous prenons à gauche, une piste non revêtue. Nous traversons un paysage de collines, de prairies et de forêts, avec en toile de fond, le volcan Osorno. Pendant des kilomètres et des kilomètres, nous ne croisons de véhicules ni ne voyons la moindre habitation. Des panneaux nous indiquent bientôt que nous sommes dans une énorme hacienda, la plus grande du pays, consacrée essentiellement à l'élevage. Celle-ci s'étend sur une surface grande comme un département Français, et possède pas moins de 28000 têtes de bétail.

Au bout de 30 kilomètres de pistes, nous atteignons l'extrémité ouest du lac Rupanco. Il fait merveilleusement beau, et le lac scintille dans un écrin de verdure.

Nous longeons le lac durant une dizaine de kilomètres, jusqu'à ce que nous atteignons un presqu'île, au lieu-dit "Isla grande". Nous garons la voiture, prenons notre balluchon et traversons une espèce de terrain de foot, sur lequel des moutons paissent tranquillement. Nous arrivons près d'une ferme, d'où sort un homme qui s'approche de nous. Nous pensons qu'il va nous interdire le passage, mais au contraire, il nous indique le chemin à suivre.

Après avoir traversé une grande prairie, nous atteignons une plage déserte. Nous longeons celle-ci jusqu'à son extrémité, puis poursuivons le long du lac, en suivant une grève de plus en plus rocheuse.

L'homme que nous avons rencontré tout à l'heure, nous a expliqué qu'en progressant le long du lac, nous apercevrons un chemin s'enfonçant dans la forêt.

Nous avons beau scruté les bois que nous longeons, nous ne voyons pas de sentier s'y enfoncer dedans. Finalement, au bout d'une heure de vaine recherche, nous faisons demi-tour et allons nous installer sur la plage que nous avons suivi, au début de notre ballade.

Nous faisons un petit pique-nique, puis je prends un petit bain, dans une eau bien plus agréable que la veille. Après m'être séché, je repars en compagnie d'Isabelle. Nous retraversons les mêmes prairies qu'à l'aller.

Des moutons et des chevaux paissent dans ces verts pâturages qui surplombent le lac. Un sensation de quiétude rassurante nous envahit.

 

Nous quittons cet univers merveilleux, et reprenons la voiture pour Puerto Octay. En chemin, nous faisons un petit détour par le petit village balnéaire sans intérêt de Las Cascadas. Nous faisons quelques courses à Puerto Octay, avant de pique-niquer sur la plage située face à notre pension.

Mardi 15 décembre

Aujourd'hui, commence le deuxième épisode de notre aventure chilienne: le grand Sud, la Patagonie. Je me lève vers 7h 30 et pars faire un footing.

De retour, je prends une douche puis je lève Isabelle qui grogne un peu. Nous quittons la sympathique demeure où nous avons passé deux bonnes nuits. Il est 9h45.

En route vers l'aéroport, nous repassons par Puerto Varas pour y faire un peu de change. En ce jour de semaine, la ville est beaucoup plus animée que les deux premières fois que nous l'avions traversé, et nous constatons que les commerces sont beaucoup plus luxueux que dans la capitale provinciale, Puerto Montt, pourtant toute proche.

Nous atteignons l'aéroport peu avant midi. Nous rendons les clés de la voiture de location à l'agence Avis. Nous enregistrons les bagages au comptoir de Lanchile où nous sommes maintenant bien connus. Nous nous envolons vers 13h.

Dans l'avion, nous trouvons un journal grâce auquel nous prenons connaissance de l'actualité chilienne. Nous y consultons les prévisions météorologiques qui ne sont pas très bonnes pour la région de Punta Arenas. Aussi, grande est notre surprise d'avoir quelques rayons de soleil quand nous atterrissons.

Nous récupérons nos bagages. Nous sommes chargés comme des mules. Nous nous dirigeons vers un bus stationnant devant l'aéroport. Celui-ci se remplit progressivement presque exclusivement de touristes, tous reconnaissables par la présence de gros sacs à dos et de chaussures de marche: La couleur est annoncée, la région est dévolue à la randonnée.

Le bus nous emmène au centre-ville de Punta Arenas.

Initialement, nous avions prévu de dormir ici mais, dans la navette de l'aéroport, on nous indique qu'un bus de la même compagnie que celle qui dessert l'aéroport, quitte Punta Arenas, en direction de Puerto Natales à 17h. Nous nous concertons et décidons de partir aussitôt, le temps pour Isabelle d'appeler pour réserver une chambre et pour moi d'aller acheter de quoi se sustenter. Nous prenons place dans le bus. Le trajet dure 3h30. Première surprise, le bus s'arrête à l'aéroport. Nous avons donc payer la navette vers le centre de Punta Arenas pour rien. Seul un couple de touristes, sans doute avertis de l'astuce, monte.

Nous traversons la steppe de Patagonie, qui s'étend à perte de vue.

Bientôt, nous apercevons au loin les prémices des montagnes. Un vent violent balaie constamment ces vastes étendues. Durant les 250 kilomètres du trajet, nous ne traversons qu'une toute petite ville d'à peine mille habitants. De temps à autre, apparaissent les bâtiments d'une hacienda.

 

Sur la route, nous sommes retardés par les travaux de revêtement d'une deuxième voie. Jusqu'à présent, une seule bande de la largeur d'un véhicule est bétonnée. En cas de croisement, situation assez rare il faut bien le dire vu la faible intensité du trafic, un des véhicules doit se rabattre sur la piste en terre contiguë.

Nous arrivons vers 20h30 à Puerto Natales. Le temps est variable. Nous traversons la ville avec tous nos sacs, lourdement chargés. C'est avec un grand soulagement que nous atteignons la pension qu'Isabelle a appelé depuis Punta Arenas. Il n'y a plus de chambres indépendantes, mais le patron nous indique une autre résidence à quelques mètres. Nous sommes accueillis par une gentille mamie, nous posons nos affaires et allons faite un tour sur le bord de mer, où souffle un vent de tous les diables. Il est dix heures, quand nous rentrons et il fait encore grand jour.

Mercredi 16 décembre

Nous nous levons assez tard vers 9h 45. Après un petit déjeuner copieux, en présence des propriétaires ( dont le mari boit encore le fameux maté), nous partons vers 10h30, histoire de faire quelques courses et de nous renseigner sur les bus qui vont au Parc National Torres del Paine. Le temps est à la pluie. Nous nous arrêtons dans une agence de voyage. On nous indique que le bus jusqu'à Torres del Paine coûte 8000 pesos A/R. (100F).

La veille au soir, rameutés par un jeune garçon, nous nous étions renseignés auprès d'une autre agence, et bien que nous ayons préalablement expliqué que nous souhaitions faire une randonnée pédestre, le responsable avait essayé de nous vendre un tour organisé, incluant une visite en minibus du parc, pour un coût global de 20000 pesos par personne. De cet épisode, nous tirons la conclusion que, contrairement à ce que nous avons pu vivre jusque là, le tourisme est ici une industrie qu'il faut exploiter à fond, en essayant de plumer le plus possible le touriste.

Nous prenons donc un simple aller-retour jusqu'au parc. Nous voulons ensuite faire du change, compte tenu des dépenses qui nous attendent dans le parc. Nous entrons dans un bureau de change. Le cours du change proposé n'est pas très intéressant, mais nous allons faire cependant la transaction, quand un homme derrière nous, nous murmure en français que l'on peut trouver mieux ailleurs. Il s'agit d'un allemand avec qui nous ressortons du bureau de change. Nous discutons un moment avec lui dans la rue. Il voyage seul. C'est un habitué du continent sud-américain ( il travaille à Brasilia)et plus particulièrement du parc Torres del Paine. C'est la troisième fois qu'il y vient. Actuellement, nous dit-il, il y a de nombreux bus qui y mènent mais il y a une dizaine d'année, il était très difficile de trouver un moyen de locomotion pour s'y rendre. Pour cette fois, il doit prendre le bus, l'après-midi même, vers 14 heures.

Nous nous quittons en le remerciant bien pour le tuyau. Nous nous dirigeons alors vers le bureau de change, mais celui-ci est fermé. Passant devant un libre-service, nous en profitons pour acheter des provisions, puis nous rentrons à la pension.

Nous repartons presque aussitôt, pour aller manger dans un petit café. Dehors, il pleut toujours, et nous restons longuement dans cet endroit. Nous en profitons pour écrire quelques cartes postales. Lorsque nous sortons du café, la pluie s'est arrêtée de tomber. Nous nous rendons à nouveau au bureau de change que nous a indiqué l'allemand. Le cours est effectivement bien plus intéressant.

Nos transactions faites, nous décidons d'aller marcher un peu. Nous prenons la route qui longe le bord de mer. Le vent souffle fort. Nous faisons ainsi, prés de 6 kilomètres, jusqu'au minuscule village ouvrier de Bories, dans lequel se trouve une entreprise de congélation, jadis prospère. Aujourd'hui, ce lieu a un aspect plutôt sinistre, surtout avec le ciel bas et gris qui nous domine.

Nous revenons sur nos pas, en adoptant une allure de footing. En arrivant à l'entrée de Puerto Natales, Isabelle me dit qu'il lui semble reconnaître au loin "notre allemand" du bureau de change. Je lui rétorque que c'est impossible, car il est parti à 14 heures pour le parc national. Et pourtant, il s'agit bien de lui. Il vient à notre rencontre, et nous commençons à discuter. En fait, il a raté le bus, pour 5 minutes de retard. Nous cheminons ensemble le long de la mer, puis vers le centre de Puerto Natales.

Durant la conversation, Isabelle demande à notre interlocuteur s'il est retraité, ce qui le fait beaucoup rire, car il a à peine plus de 40 ans. Nous faisons quelques boutiques ensemble. Tout cela nous conduit jusqu'à 19 heures 30. Nous décidons d'aller ensemble au restaurant, et nous donnons rendez-vous à 20h40, ponctualité allemande oblige! Nous retournons à notre pension et finissons le préparatifs des sacs à dos pour le lendemain.

Nous nous présentons au point de rendez-vous, à 20h40 précise. L'allemand arrive 5 minutes après… nous rigolons de ce retard inhabituel. Il nous explique qu'il vient de prendre connaissance, en écoutant la radio Allemande Internationale, de l'intervention américaine et britannique sur l'IRAK. Il nous propose d'écouter avec lui, durant quelques minutes encore, les développements de cette actualité.

Nous nous rendons ensuite au restaurant. Nous faisons plus ample connaissance avec notre ami Allemand, qui se prénomme Hubertus et vit actuellement au Brésil. La soirée se déroule agréablement. En plusieurs occasions au cours de la soirée, Hubertus fait allusion à la remarque d'Isabelle sur sa situation de retraité.

Nous nous quittons vers 23 heures, après avoir échangé nos adresses.

 

Jeudi 17 décembre

Ce matin, nous devons nous lever très tôt. En effet, le bus qui doit nous emmener au Parc Torres del Paine part à 8 heures. Après avoir avalé notre petit déjeuner, nous quittons la pension, non sans nous être déchargés de tout le poids inutile, que nos hôtes nous garderons, durant tout le temps que durera la randonnée.

Au programme de la matinée, il y a prés de 4 heures de bus sur 130 kilomètres d'une piste non revêtue, avant d'atteindre enfin le départ de la randonnée. Nous traversons de vastes étendues, sur lesquelles ne pousse qu'une végétation rabougrie. En chemin, le bus fait une petite pause devant l'unique bar restaurant du minuscule village de Cerro Castillo, situé à la frontière avec l'Argentine. En fait, seulement trois ou quatre bâtiments sont érigés à cette endroits, parmi lesquels on trouve un poste de douane, une boutique souvenir, et le bar devant lequel le bus s'est arrêté.

Le bus reprend sa route. Quelques haciendas se signalent durant le parcours, par la présence de peupliers plantés à leur proximité, afin de couper le vent qui balaie en permanence la steppe.

Nous approchons maintenant du parc. Peu avant d'atteindre le bâtiment marquant son entrée, nous apercevons des guanacos, ces cousins des lamas, qui broutent tranquillement le long de la route. Un peu plus loin, une colonie de flamands roses est posée prés d'un lac, dont les abords blanchâtres indiquent une forte salinité de l'eau.

Les pics granitiques ayant donné leur nom au parc national, se dressent au loin, alors qu'au premier plan, une rivière étire de beaux méandres dans une vaste vallée marécageuse.

Avant de pénétrer dans le parc, il faut que tous les passagers du bus déclinent leur identité et indiquent l'itinéraire présumé de leur randonnée aux gardes du parc. Un fois de plus, c'est la 20ème au moins, il faut présenter le passeport, sans lequel nous deviendrions persona non grata.

Les formalités d'usages faites, le bus repart, délesté de quelques personnes qui ont choisi de débuter leur randonnée au poste d'entrée du parc. Il fait une nouvelle halte, une demi-heure plus tard, avant de terminer sa course devant l'administration du parc. Il est midi.

Dans un des bâtiments, nous visitons une exposition sur la faune et la flore du parc, puis nous nous chargeons de nos sacs à dos, afin d'entamer notre périple. Nous demandons à un touriste, de nous prendre en photo. Pour cette question, nous utilisons l'anglais, la parc étant parcouru par des touristes de toutes origines: Dans le bus, nous avons pu noter la présence d'Allemands, de Hollandais, d'Italiens, d'Américains, d'Israéliens et de Belges. La personne à laquelle nous nous sommes adressés, nous répond quant à elle, dans un français sans accent.

Notre première étape nous emmène jusqu'au refuge du Lago Péhoé, qui d'après la carte, se situe à environ 5 heures de marche.

Dès notre départ, nous apercevons un lièvre gîtant tout près de nous. Nous traversons une grande plaine pendant près d'une heure. Nous atteignons alors les contreforts d'une petite colline, puis nous décidons de faire une halte afin de nous restaurer.

Nous repartons au bout d'une heure. Nous longeons bientôt le Rio Grey et changeons alors de cap, passant de Nord-Ouest à plein Nord. Nous subissons un vent défavorable.

Nous faisons une nouvelle halte, 2 heures après la pause déjeuner. Une heure plus tard, nous atteignons les rivages du Lac Pehoe. Il fait assez beau et nous avons un panorama magnifique avec au premier plan le lac et derrière, les 3 tours des Torres del Paine.

Nous avons hâte d'arriver au refuge du Lago Pehoe, d'autant plus que cela fait 5 heures déjà que nous sommes partis. La fatigue se fait sentir. Les pieds souffrent. Alors que nous pensons être près du refuge, une petite surprise se présente à nous. Un gué à traverser.

 

Nous quittons les chaussures et traversons cette eau glaciale puis nous repartons. Nous atteignons le refuge vers 19 heures, au bout de presque 7 heures, soit 2 de plus que ne l'indiquait la carte. Cela nous incite à être prudent quand à la suite du programme à suivre.

Nous montons rapidement notre tente, prenons une douche puis allons au refuge pour manger mais il est trop tard. Nous nous rabattons donc sous notre tente pour manger nos provisions.

Vendredi 18 décembre

Ce matin, je réveille Isabelle vers 7 heures. Pour toute réponse, j'ai droit à une bonne grimace. Vers 7h30, j'arrive à la tirer de son sac de couchage, en l'attirant par le petit déjeuner. Nous préparons un sac à dos. Nous laissons l'autre sous la tente ainsi que les affaires pour la nuit. Nous partons vers 8h30. Notre objectif est d'atteindre le glacier Grey qui se jette dans le lac du même nom.

Nous remontons tout d'abord une longue vallée aride. Nous sommes bientôt doublés par un cavalier avec deux chevaux scellés, mais sans personne dessus. Le cavalier nous explique qu'il va chercher des gens au refuge Grey pour les ramener plus rapidement. Nous poursuivons notre chemin jusqu'à atteindre une crête au bout de la vallée. Un violent vent d'ouest souffle. Nous dominons un petit lac dont les eaux sont ridées de vaguelettes provoquées par le vent. Nous poursuivons et bientôt du haut d'un promontoire, nous apercevons le lago Grey au loin. A notre grande surprise, nous constatons qu'il est couvert de morceaux de glace qui s'amoncellent, poussés par le vent sur le coté du lac opposé au glacier Grey.

Nous nous rapprochons progressivement du lac. Le fort vent contraire s'oppose à notre progression. Le glacier Grey apparaît bientôt, plongeant majestueusement dans le lac.

Un peu plus loin, nous traversons une zone complètement abritée du vent où pousse une végétation luxuriante. Quel contraste par rapport au glacier tout proche!

Nous atteignons le refuge du glacier Grey vers 12h30. Nous y faisons une courte pause le temps de prendre une consommation. Puis nous poursuivons durant 20 minutes de plus, jusqu'à un belvédère situé face aux falaises de glace plongeant dans le lac.

 

Nous mangeons à cette endroit puis nous reprenons le chemin du retour vers 14h45. Entre-temps, le ciel bien nuageux le matin s'est éclairci laissant paraître par alternance le soleil, ce qui donne de très beau reflets sur le glacier.

 

Je reprends donc un certain nombre de photos que j'avais fait à l'aller.

 

Poussés par le vent, nous refaisons le chemin vers le camping quasiment d'une seule traite et nous arrivons vers 18 heures au lago Pehoe, fourbus, les pieds en mauvais état.

Le temps de se reposer un peu et de prendre une douche (froide!) et nous nous présentons au refuge pour y prendre le repas du soir. Une fois l'estomac rempli, nous retournons nous coucher. Un fort vent souffle et ballotte la toile de tente dans tous les sens. Nous craignons que tout ne s'envole.

Samedi 19 décembre

Aujourd'hui, nous avons prévu de faire une courte étape entre le refuge de Péhoé et celui de Paso de Cuernos. Notre objectif est, une fois ce refuge atteint, d'y passer la nuit, pour remonter la vallée del Frances, le lendemain.

Comme le programme est peu chargé, nous nous levons assez tard, puis nous courons déjeuner au refuge. Nous en ressortons peu après 9 heures.

 

Nous rangeons les affaires dans les sacs, démontons la tente et partons vers 10h15. Le temps est superbe. Au dessus de nous, les glaciers qui ornent les montagnes, scintillent de mille feux. Quel merveilleux spectacle, à quelques jours de Noël!

Après avoir franchi une petite déclivité dès le départ du refuge, nous nous trouvons bientôt face aux pics principaux du parc national, et leurs murailles infranchissables. Nous longeons bientôt un lac relativement petit à l'échelle de Torres del Paine, mais qui s'étire cependant sur près de deux kilomètres. Ces eaux sont d'une couleur outremer.

Nous poursuivons vers le nord-est, en direction des pics. A notre gauche, nous sommes dominés par un sommet à plus de 3000 mètres, dont l'arête sommitale est plâtrée de neige, indiquant que le climat ne doit pas être très engageant à cette altitude. Nous apprendrons d'ailleurs un peu plus tard que la plupart des sommets du parc, restent à ce jour inviolés, du fait des vents violents qui soufflent de manière quasi permanente sous ces latitudes.

En contournant le sommet situé à notre gauche, nous découvrons bientôt sur son versant ouest, une magnifique parure de glaciers, avec des séracs impressionnants.

Quel magnifique contraste que la forêt dense au premier plan surplombée par des neiges éternelles!

Nous atteignons finalement le torrent bouillonnant qui provient de la vallée del Frances. Nous le traversons par une passerelle spectaculaire. Sur l'autre rive, nous découvrons une aire aménagée pour le bivouac, enfouie sous une pinède. Ici se situe le départ du chemin qui monte vers le haut de la vallée del Frances, que nous avons prévu de suivre demain.

Pour l'heure, nous prenons la direction du refuge où nous avons prévu de passer la nuit. Au bout d'une centaine de mètres, un panonceau nous apprend que le refuge se situe à 2 heures de marche, ce qui nous déconcerte, car d'après la carte, nous l'avions estimé beaucoup plus prés. Nous devisons un moment, sur l'attitude à adopter: Aurons-nous demain, le courage de faire ces 2 heures dans un sens, de remonter la vallée, puis de revenir, en parcourant le même itinéraire pour la troisième fois, en comptant le chemin que nous devons encore suivre aujourd'hui ?

Finalement, je propose que nous restions ici au grand dame d'Isabelle qui comptait prendre une bonne douche bien chaude et un bon repas ce soir.

Tandis que nous devisons, nous entendons un bruit de tonnerre derrière nous. Nous nous retournons et nous apercevons une chute de sérac provoquant une gigantesque avalanche sur le pan de montagne face à nous.

Remis de nos émotions, nous montons la tente, vidons les sacs, puis nous partons vers la vallée del Frances.

 

Nous montons une demi-heure dans un décor superbe. Isabelle, un peu fatiguée, s'arrête alors et décide de m'attendre tandis que je continue le chemin encore une demi-heure.

Nous redescendons ensemble, nous faisons une toilette de chat à la rivière puis nous partageons un repas frugal. Nous nous couchons tôt.

Dimanche 20 décembre

Ce matin, notre plan d'attaque ressemble à une véritable opération commando. Levés à 6 heures 30, après une nuit assez difficile, alors que quelques gouttes tombent, nous plions les affaires, sans même déjeuner. Une petite toilette à la rivière et nous partons.

Il est 7 h 15. Le départ est assez difficile. Isabelle, pas bien réveillée, met malencontreusement le pied dans un cloaque d'eau stagnante. Résultat, sa jambe est maculée de boue. Après un petit nettoyage, nous repartons. Le temps menaçant au départ s'est éclairci.

 

Nous commençons à surplomber le lac Nordenskjold, de couleur vert laiteux.

Nous poursuivons ainsi, jusqu'à atteindre vers 9 heures le refuge Los Cuernos. Ici, nous espérons bien prendre un petit déjeuner et une bonne douche.

Le refuge tout neuf est très accueillant. Il propose des petits déjeuners américains. Nous en prenons un chacun, composé d'une petite omelette de lardons et de bons pains grillés. Nous qui la veille avions du nous contenter de pain rassis et de pâte de coing, dévorons ce superbe petit déjeuner. Nous passons ensuite sous la douche. Elle nous paraît bien chaude. C'est un véritable délice.

Pendant que nous sommes dans le refuge, dehors le temps s'est gâté. Sortis de la douche, nous attendons un moment, en espérant que le temps s'améliore.

Vers 10 h 30, le soleil réapparaît. Nous décidons donc de reprendre la route. Nous cheminons bientôt sous un beau ciel bleu.

 

Nous sommes poussés par le vent et nous allons le cœur léger sachant que le plus gros des difficultés est passé. Nous prenons le temps d'admirer le paysage qui nous entoure.

Nous dominons toujours le lac Nordenskjold. A notre gauche, s'étend la chaîne des montagnes de Torres del Paine.

Vers deux heures, nous faisons une petite pause le long d'un petit ruisseau. Etendus sur de gros rochers, caressés par une légère brise, nous goûtons au plaisir d'être ici, au bout du monde. Nous reprenons notre progression, passant près d'un petit lac ourlé de vaguelettes, dominé par une montagne couverte de glaciers.

Nous apercevons au loin des bâtiments qui nous semblent être le refuge. Nous traversons une belle rivière, sur une passerelle suspendue.

Vue la taille du lit, elle doit être impressionnante lors de la fonte ces neiges.

Nous atteignons les bâtiments. En fait, il ne s'agit pas du refuge mais de l'Hosteria Las Torres, un hôtel 5 étoiles, où les chambres coûtent la bagatelle de 173 dollars la nuit. Nous passons en admirant les lieux et atteignons au bout de 10 minutes le camping à 7 dollars où nous allons passer la nuit.

Le site est magnifique et il fait très beau. Nous plantons la tente et allons nous renseigner pour le repas du soir au refuge tout près. Puis, nous revenons nous allonger dans l'herbe près de la tente. Enfin, du repos.!!!!

Nous passons ainsi deux petites heures, à lire et écrire des cartes postales. Vers huit heures, nous nous rendons au refuge, pour prendre le repas du soir. Nous y faisons la connaissance d'un personnage hors du commun: celui-ci débarque dans le refuge et va d'emblée plaisanter avec le personnel de service. Nous pensons que c'est un habitué des lieux, mais pas du tout. Il vient s'installer près de nous et commence à discuter en espagnol avec Isabelle. Comme il voit que je ne comprends guère, il se mets à s'exprimer dans un français teinté d'accent canadien. Cet homme d'une trentaine d'année, polyglotte - il parle également parfaitement l'Allemand et l'Anglais - a partagé son existence entre différents pays, l'Argentine, l'Allemagne, la France, les USA, et le Canada. Il a la particularité de posséder à la fois la nationalité Allemande, Argentine et Américaine. Après avoir déjà exercé, semble t'il, 20 métiers différents, il est présentement dans le parc Torres del Paine, pour son travail, puisqu'il est en reconnaissance pour un voyage organisé, pour le compte d'une agence de voyage Canadienne. Il nous explique que le genre de tour qu'il prépare, s'adresse à des gens assez fortunés, allant de parc nationaux en parc nationaux, à travers la Patagonie, en couchant dans des hôtels de grand luxe. Celui où ces braves gens doivent résider par ici, coûte la bagatelle de 400 dollars la chambre !

Nous passons une agréable soirée, en compagnie de ce sympathique personnage, baroudeur en quête de plus de stabilité dans sa vie, puis nous nous quittons, en nous souhaitant mutuellement bonne chance.

Lundi 21 décembre

Aujourd'hui, c'est le solstice. Dois-je dire d'été ou d'hiver ? Cela dépend de quel coté on se place…

Vers 4 heures du matin, je suis éveillé. Je n'arrive pas à dormir. Finalement, à 4 heures 30, je décide de me lever et d'aller faire un petit tour. Le jour a déjà point, à l'horizon. J'enfile mes chaussures de randonnées et commence à grimper à travers les prés au dessus du camping. Très vite, je surprend un lièvre, puis deux, puis trois. Un peu plus haut, j'en compte dix dans mon champ de vision. En m'élevant en altitude, j'espère profiter d'un beau panorama bien ouvert vers l'est, pour admirer le lever du soleil. Malheureusement, le ciel est un peu voilé, ce qui ternit quelque peu les couleurs de l'aube. Je poursuis cependant mon ascension dans les prés. Devant moi, coté nord, les Tours granitiques symboles du parc, sont de plus en plus visibles.

Je me retrouve bientôt dans une forêt accrochée à la pente. Les arbres y sont tout d'abord assez clairsemés, mais à mesure que je progresse vers le haut, la végétation se densifie. Je suis maintenant obligé de louvoyer et j'ai de plus en plus de peine à maintenir un cap. Cela fait maintenant près d'une heure que je suis parti. J'aperçois de temps à autre, ce qui me semble être le sommet de la montagne sur laquelle je grimpe, et petit à petit, naît en mois le challenge de l'atteindre, d'autant plus que la pente ne paraît pas infranchissable. Je sors bientôt de la forêt pour me retrouver au pied d'une zone d'éboulis qui se prolonge jusqu'au sommet. Je suis monté jusque là à un bon rythme, presque en courant, mais la fatigue commence à se faire sentir. Plus j'avance, plus le sommet semble s'éloigner. Finalement, au bout de deux heures d'effort, j'atteins mon objectif, qui en fait n'est pas le sommet de la montagne, mais plutôt un dernier mamelon avant le véritable sommet. Face à moi, les pics granitiques formant les Torres del Paine se dressent fièrement, et je domine l'ensemble des lacs de la partie sud du parc national. Je contemple durant un moment ce merveilleux spectacle. Un coup d'œil sur l'altimètre m'apprend que je suis à 1150 mètres d'altitude, alors que j'ai démarré à 200 mètres.

J'entame la descente, en espérant que mes chaussures, qui donnent des signes de faiblesse, tiendront jusqu'au bout. J'effectue une grisante cavalcade dans les éboulis, et en moins d'une heure, je suis de retour au camping. Je prends une bonne douche puis je réveille Isabelle, et nous allons prendre un petit déjeuner au refuge.

De retour à la tente, nous la plions tranquillement. Nous avons tout notre temps, étant donné que le premier bus avec lequel nous pouvons revenir à Puerto Natales, n'est pas annoncé avant 16 heures, alors que l'arrêt de bus, situé à hauteur de la maison des gardes du parc, n'est qu'à une heure et trente minutes de marche. Le temps, qui devient menaçant, nous incite cependant à nous activer. Finalement, nous levons le camp vers 11 heures. Pour nous rendre jusqu'à la maison des gardes, nous devons suivre une piste routière. Chaque véhicule qui passe soulève un nuage de poussière. Nous prenons garde de marcher un peu en retrait de la route, et si possible, du coté d'où vient le vent. Nous atteignons notre but vers 12 heures 45.

D'autres randonneurs attendent paisiblement.

Après avoir confié nos sac à dos à la surveillance des gardes, nous partons faire un petit tour pour admirer les guanacos qui paissent paisiblement dans le secteur.

De retour vers 14 heures, nous nous allongeons dans l'herbe.

A nos cotés, un randonneur nous propose gentiment des petits gâteaux. Nous engageons la conversation. Il s'agit d'un Italien, habitant à Turin, qui effectue un long séjour en Amérique du Sud, qui se prolongera jusqu'au 30 janvier. Nous devisons ainsi pendant un long moment, quand un garde du parc nous fait signe qu'un minibus de la compagnie que nous attendons, est arrêté, à quelques mètres. Nous quittons précipitamment l'Italien, un peu désappointés, et tentons de lui expliquer où se situe la résidence dans laquelle nous sommes hébergés, à Puerto Natales… Peine perdue, nous ne le reverrons pas.

Notre minibus nous ramène, à tombeau ouvert, à Puerto Natales. Vers 17 heures 15, nous descendons du bus, puis filons jusqu'à la pension où nous avons laissé nos affaires. Notre chambre nous attend toujours. Nous prenons une bonne douche, puis nous partons faire quelques courses, en vue du lendemain. En effet, nous avons l'intention de prendre le bateau de Ultima Espéranza, fjord qui s'enfonce profondément dans les montagnes, à partir de Puerto Natales.

Après nous être renseignés sur la croisière, nous nous dirigeons vers un restaurant, tenaillés par une faim de loup.

Mardi 22 décembre

Ce matin, nous nous levons vers 7 h 15. Nous devons être au port une heure plus tard, pour l'embarquement sur le bateau qui va nous permettre de visiter le fjord de Ultima Espéranza . Après une douche rapide et un bon petit déjeuner, nous partons… pour revenir moins d'un quart d'heure plus tard. Il y a beaucoup de vent, et dans ces conditions, le bateau ne sort pas. Nous nous interrogeons sur la suite à donner aux évènements. Soit se faire rembourser et partir le plus tôt possible le lendemain vers Punta Arenas soit reporter la croisière à demain. Nous choisissons la seconde solution en la combinant avec un retour le soir même à Punta Arenas.

Pour aujourd'hui, ce sera une journée de repos. Nous décidons également d'essayer d'avancer le retour sur Santiago, prévu le 26, ce qui ne nous laisse qu'une journée dans la capitale chilienne alors que nous souhaiterions la visiter un peu plus ou bien aller jusqu'à Valparaiso. Nous nous dirigeons vers le comptoir de la compagnie Ladeco à Puerto Natales. Là, tout se passe pour le mieux et l'hôtesse à qui nous avons affaire nous propose un changement pour le jour même de Noël, en milieu de journée, alors que nous devions arriver initialement le lendemain, tard dans la soirée. Dans la foulée, nous réservons une chambre pour Santiago, mais également pour Punta Arenas.

Toutes ces opérations faites, nous retournons à notre logis. Il est midi et nous prenons une bonne collation. S'en suit alors une bonne sieste. Nous ressortons de la pension vers 17 heures.

Nous allons tout d'abord visiter le musée historique de Puerto Natales. Nous y trouvons d'intéressantes explications sur les peuplades indiennes ayant occupées la région, avant l'arrivée des Blancs. Il y avait des Indiens de type cueilleurs chasseurs -les Onas et les Yamanas - et d'autres tribus plutôt tournées vers la mer - les Alakalufes - . Les derniers descendants de ces Indiens ont vécus jusqu'au début du 20ème siècle. On en voit quelques photos au musée. Nous trouvons également une salle consacrée à la faune de la région, avec beaucoup d'animaux naturalisés. C'est l'occasion de faire la comparaison avec nos différentes observations. Nous sommes guidés pour cela, par un gars un peu artiste, auteur d'une fresque sur un mur de la ville. Il nous offre deux petits dessins d'animaux gravés sur bois.

Quand nous ressortons du musée, le temps est très menaçant; et tandis que nous nous dirigeons vers les rues commerçantes, pour y faire quelques achats pour le lendemain, la pluie se met à tomber très fort. De plus, la température est descendu au dessous de 5°. Nous retournons à notre hébergement, sous ces mauvaises conditions.

Nous en ressortons quelques minutes plus tard pour aller au restaurant. Nous faisons un excellent repas, composé de calamar pour Isabelle, et d'un énorme filet de bœuf pour moi. C'est bien repus que nous filons nous coucher.

Mercredi 23 décembre

Ce matin, nous nous levons vers 7h 15. Nous devons être au port une heure plus tard, pour l'embarquement sur le bateau qui va nous permettre de visiter le fjord de Ultima Espéranza. Après une douche rapide et un bon petit déjeuner, nous partons… et cette fois-ci, nous embarquons. Pourtant, il y a encore pas mal de vent. Nous nous installons à bord du bateau. Nous sommes à la même table qu'un couple de jeune chilien -les seuls chiliens à bord d'ailleurs - et qu'une jeune femme canadienne anglophone. Très vite, j'ai envie de sortir sur le pont. Ce que je fais bientôt, suivi par d'autres personnes.

La toute première partie du voyage nous fait traverser la grande baie de Puerto Natales, avant d'atteindre un resserrement marquant le début du fjord. Nous passons bientôt auprès d'une colonie de cormorans, accrochés à un rocher surplombant la mer. Au-dessus de nous, les montagnes sont couvertes de neige fraîche, dès 300 m d'altitude. C'est cela aussi, l'été austral! Nous atteignons bientôt une colonie de loups de mer. Vers 11h, nous nous présentons au fond du fjord Balmaceda, devant le glacier du même nom qui, il y a encore 30 ans, se jetait dans la mer. Mais, aujourd'hui, il s'est retiré d'environ 50 mètres.

Un peu plus loin ,nous débarquons. L'ensemble du groupe monte en file indienne, sur un sentier, qui nous conduit en 20 minutes au glacier Serano, qui se jette dans un petit lac juste au-dessus de la mer. Des glaçons flottent sur ce lac, tandis qu'il pleut un peu.

Nous revenons au bateau, pour refaire le chemin inverse. Le vent, fort à l'allée, s'est calmé. Isabelle discute longuement avec le couple de chilien et la jeune femme canadienne. Tous sont très sympathiques. Nous apprenons que les chiliens viennent d'Antofagasta, que lui est médecin, et qu'après ses études, il a été nommé d'office dans cette région éloignée de celle dont il est originaire. Présentement, ils sont venus visiter des membres de leur famille. La jeune femme Canadienne arrive quant à elle de la région de Vancouver. Elle est en stage au Chili.

Nous poursuivons ainsi agréablement notre voyage. Une petite photo souvenir ponctue notre rencontre.

Nous atteignons le port vers 16h 15. Comme je pensais qu'un bus partait peut-être vers 17h en direction de Punta Arenas, nous nous dirigeons aussitôt vers la compagnie de bus, pour faire changer nos billets, prévus pour le départ de 18h30. J'ai fait erreur, il n'y a aucun bus à 17h. Nous nous en tenons donc à notre premier horaire, et retournons tranquillement à la pension où nous avons logé, pour récupérer nos bagages. Nous nous reposons un moment, puis vers 18 heures, nous quittons les lieux, après avoir dit au revoir aux braves gens qui nous ont accueillis.

Comme prévu, le bus démarre à 18 heures 30. Le voyage retour vers Punta Arenas, nous semble plus court que l'aller vers Puerto Natales. C'est finalement à 21 heures 30 que nous arrivons à Punta Arenas. Nous récupérons nos bagages et partons vers le gîte réservé la veille . Nous l'atteignons au bout de 800 mètres environ. C'est une sympathique maison, dans laquelle nous tombons très vite dans les bras de Morphée.

Jeudi 24 décembre

Aujourd'hui, nous faisons la grasse matinée. Nous nous levons peu avant 10 heures. Nous prenons le petit déjeuner à la table commune de la pension. Nous sommes en compagnie de Finlandais, qui se dirigent vers Buenos-Aires. La maison est très sympathique. On nous propose de nous réserver des places sur le bateau allant à l'Ile Magdalanes, sur laquelle se trouve une belle colonie de pingouins. Malheureusement, après un coup de fil à l'agence organisant la sortie, la tenancière des lieux nous annonce qu'il n'y a pas de sortie prévue pour aujourd'hui. Nous nous rabattons donc sur une sortie en minibus, jusqu'au parc des Pinguineras, où se trouve également une importante colonie de pingouins. Celle-ci est programmée à 16 heures. Il est maintenant 11 heures 30. Nous partons flâner dans Punta Arenas. Nous nous dirigeons vers la place des Armas, faisons quelques courses, puis nous renseignons pour un restaurant pour le soir, veillée de Noël. Très vite, nous nous apercevons que la plupart sont fermés ce soir-là. Nous en dénichons finalement un, un peu excentré. Après un petit tour sur le port, nous retournons à la Plaza de Armas, où nous pique-niquons. Nous rentrons dans notre home sweet home vers 15 heures. Nous bouquinons, en attendant que le bus pour les pinguineras vienne nous chercher.

A 16 heures précises, un minibus se présente. Nous sommes les seuls passagers, ce qui nous permet de faire arrêter notre véhicule , dès que nous voyons un point que nous jugeons intéressant.

 

En chemin, nous apercevons des Nandous, ces petites autruches de Patagonie, ainsi qu'un petit renard. Nous poursuivons et atteignons le parc des pingouins. Petite surprise, il faut repayer ici, à l'entrée du parc. Ce n'est certes pas très cher, mais nous trouvons dommage que l'on ne nous ait pas prévenu à la réservation du bus…

Nous suivons le sentier, qui nous conduit vers ses drôles d'oiseaux que sont les pingouins. Bientôt, nous en apercevons un, puis deux, puis des dizaines. Au total, la population du site est estimée à 4000. Ils viennent en ce lieu , en novembre, pour pondre et couver leurs petits, avant de repartir au mois de mars. Le reste de l'année, ils nagent en mer. Nous observons ces sympathiques oiseaux, marchant, se dandinant, se dirigeant, tantôt vers la plage pour un petit bain, tantôt vers leur nid. C'est pour nous une vision sortant de l'ordinaire.

 

Après deux heures passées dans le parc, nous repartons en direction de Punta Arenas. Le bus nous dépose à 8 heures, en face du restaurant où nous voulons fêter Noël. Ah, nous nous en souviendrons de ce restaurant. Il est indiqué dans notre guide que c'est un bon restaurant de fruits de mer. Nous commandons donc des entrées composées de moules et de palourdes, puis en plat principal, des coquilles St Jacques et du congre. Nous voyons arriver des plats fades, sans saveur, dont les fruits de mer sont caoutchouteux, bref, c'est mauvais. Le comble est atteint avec le congre, présenté de façon peu appétissant; sous la forme de poisson pané surmonté d'œufs pochés trop cuits, accompagnés de frites un peu grasses. Quand le serveur vient nous demander comment ça va, nous lui répondons de manière directe, que c'est très mauvais, nous demandons l'addition et nous partons. Quand nous en discuterons plus tard avec le propriétaire de la pension, il nous dira que nous n'aurions pas du payer. Au Chili, on ne paye que si on est satisfait.

Nous quittons donc le restaurant, un peu irrités. Afin de nous calmer, nous partons faire un tour vers l'océan.

Il est 22 heures, en cette belle nuit de Noël, et une belle lumière de soleil couchant inonde le port de Punta Arenas. Nous poursuivons tranquillement en direction de la Plaza de Armas, où nous nous asseyons sur un banc, en attendant que l'église s'ouvre pour la messe de minuit. Nous entrons vers 11 heures. Isabelle se trouve à coté d'une gamine fort délurée qui engage la conversation avec elle.

La cérémonie débute un quart d'heure plus tard. Nous sommes frappés par le cérémonial. La messe est dirigée par l'évêque des lieux, accompagné d'une demi-douzaine de curés, et de nombreux enfants de cœurs. L'évêque saisit une poupée symbolisant l'enfant Jésus, et l'amène jusqu'à la crèche, suivi par une procession d'enfants de choeur agitant des clochettes,. Au moment où il le pose, l'église plongés jusque là dans une semi-pénombre, s'illumine de 1000 feux, tandis que retentissent les chants. La cérémonie se poursuit alors de manière plus classique, ponctuée par de jolis chants de Noël. Nous nous éclipsons un peu avant la fin et allons nous coucher.

Vendredi 25 décembre

En ce jour de Noël, je me lève vers 8 heures et pars faire un footing. Je suis surpris par la douceur du temps. Je remonte la grande avenue Independencia, sur laquelle se trouve notre pension, pour quitter bientôt la ville. Au passage, je suis une rue dédiée à Salvador Allende, preuve que le Chili tente d'expier les troubles consécutifs au coup d'Etat de 1973. Je me trouve maintenant sur une piste non goudronnée menant à la station de ski de piste de Andino, la station la plus australe du monde. J'aperçois d'ailleurs au loin les installations de la station adossées à une colline dominant Punta Arenas.

Je fais bientôt demi-tour et suis de retour à l'hospedaje vers 9heures. Je prends une bonne douche puis réveille Isabelle. Nous descendons prendre le petit déjeuner. Le patron de la pension est là et bavarde avec nous. Puis, il nous appelle un taxi, pour nous emmener à l'aéroport vers 12 heures 30. En attendant, nous bouclons les sacs, puis patientons dans la chambre, en bouquinant, un peu. A l'heure prévue, le taxi vient nous chercher. Nous saluons les propriétaires des lieux, puis nous montons dans le taxi.

Une demi-heure plus tard, nous sommes à l'aéroport. Nous enregistrons nos bagages puis attendons le vol pour 14 heures 30. Nous décollons sous un ciel bien dégagé et nous voyons très bien les steppes patagonniennes. Nous apercevons bientôt des montagnes, puis des fjords. Nous survolons maintenant les premiers glaciers; en particulier, nous reconnaissons les glaciers Balmaceda et Serrano. Nous mesurons à quel point la côte Chilienne est découpée sous ces latitudes. En poursuivant vers le nord, nous dominons le parc Torres del Paine et nous identifions l'itinéraire que nous avons suivi à pied. Nous sommes émerveillés par cette vision aérienne, qui complète notre album souvenir de la région. Un peu plus loin, nous apercevons le lac argentin du Perito Moreno, qui possède la particularité d'être partagé en deux par un glacier, qui constitue un barrage naturel, cédant à intervalle régulier de quatre ou cinq ans, sous la pression de l'eau, dans un fracas gigantesque.

La suite du vol s'effectue dans les nuages jusqu'à Puerto Montt, où nous faisons une brève escale. Nous atterrissons finalement à 18 heures 30 à Santiago, où une température estivale nous attend. Je récupère les bagages tandis qu'Isabelle prend les billets pour une navette en direction du centre-ville. Moins de 10 minutes plus tard, nous sommes installés dans un minibus qui va nous conduire jusqu'à la pension que nous avons réservé quelques jours auparavant. Très efficace!. A 19 heures 15, nous arrivons à la pension. Celle-ci se trouve dans une rue très calme, un peu en retrait de l'artère principale de la ville , le cours O'Higgins.

Le temps de prendre une petite douche et nous partons flâner en ville. Nous nous dirigeons vers le centre-ville, en remontant le grand cours. Nous poursuivons ainsi durant environ 2 km , passant devant le tristement célèbre Palacio de la Moneda. Nous obliquons à gauche, un peu plus loin, remontant une rue piétonne très animée qui nous conduit jusqu'à la Plaza de Armas, sur laquelle les arbres sont tous illuminés. La présence de pères Noël nous rappelle alors que nous sommes le 25 décembre. Il fait 25° et nous sommes en tee-shirts. Nous rentrons à notre hôtel vers 23 heures.

Samedi 26 décembre

Nous nous levons péniblement à 10 heures. Trop tard pour prendre le petit déjeuner à la pension. Nous chargeons donc un sac de quelques affaires et nous nous dirigeons vers une panaderia (boulangerie) que l'on nous a indiquée. Au bout d'un quart d'heure, nous l'atteignons. Nous faisons les provisions nécessaires, puis nous allons nous installer sur un banc d'une place toute proche. Il est 11 heures et il fait déjà chaud.

Après nous être copieusement restaurés, nous quittons cette place fort agréable, en cheminant le long de petites rues. Nous atteignons bientôt un palais dans le jardin duquel ont été disposés différents sapins de Noël composés par une vingtaine de pays, parmi lesquels nous trouvons celui de la France, mais ni l'Espagne ni le Royaume-Uni! Ces sapins dans un jardin de nature plutôt exotique offrent une vision plutôt surréaliste, mais, sous le soleil éclatant, cela donne un spectacle féerique.

 

Nous continuons notre progression. Nous nous trouvons maintenant dans le secteur piétonnier où nous étions parvenus la veille. Cela grouille de monde. Nous y faisons quelques emplettes (dont un maillot de bain deux pièces pour Isabelle!). Nous traversons ensuite la rivière boueuse qui traverse Santiago; il s'agit presque d'un torrent de montagne dont les eaux sont chargées par la fonte des neiges. Nous atteignons le secteur du marché. Ici, des fruits et des légumes à volonté, et pour des prix barratissimo! 5 Francs le kilo de cerises! Nous faisons provision pour le repas du soir.

En attendant, nous souhaitons manger dans un restaurant végétarien. Nous en trouvons un. La nourriture qu'on y sert nous régale, et ceci toujours pour un prix modique. Nous quittons ce restaurant vers 16 heures et nous nous dirigeons vers le Cerro San Cristobal, une petite colline sur laquelle a été édifié un dédale d'escalier et de jolis terrasses ombragées. Nous nous installons sur un banc. Isabelle fait un petit somme , tandis que je bouquine. Nous quittons ce lieu agréable vers 17 heures. Nous traversons un autre parc tout près du fleuve , puis reprenons la direction de notre pension. Nous passons bientôt près d'un marché artisanal. Nous nous y arrêtons et faisons quelques achats, avant de nous diriger vers le métro tout proche, qui nous ramène en quelques minutes à notre logis. Il est 19 heures. Après une petite douche, nous ressortons , pour nous diriger vers la petite place où nous avions déjeuné, le matin même.

Nous y prenons un repas du soir essentiellement composé de fruits puis nous rentrons vers 22 heures.

Dimanche 27 décembre

Pour la dernière journée de notre séjour au Chili, nous nous levons à 10 heures puis partons pour un nouveau périple dans Santiago. Nous remontons l'avenue O'Higgins. Il fait déjà très chaud. Nous sommes à la recherche d'un café pour déjeuner. Ceux que nous voyons le long de l'avenue ne nous inspirent guère. Alors que nous traversons l'avenue, en passant par le métro, nous nous arrêtons dans une boulangerie. La patronne, nous entendant parler français, se met à nous héler en français. C'est une vieille dame qui a vécu à Clermont Ferrand. Toute contente de nous voir, elle nous raconte des bribes de sa vie.

Le ravitaillement fait, nous prenons l'avenue piétonne Ahumada. Nous nous arrêtons dans un café Caribe, pour prendre une boisson chaude, puis nous poursuivons en direction du Cerro San Cristobal, montagne culminant à 800 mètres d'altitude, l'altitude moyenne de Santiago étant 400 mètres. Au pied de la colline, nous remontons une petite rue commerçante, bordée de restaurants et d'étals de souvenirs. Nous sommes dans le "quartier latin" de Santiago. Nous nous arrêtons pour manger.

Après un repas fort agréable sous une terrasse ombragée, nous débutons l'ascension du Cerro San Cristobal, laissant à notre droite, le funiculaire qui permet de grimper au sommet en 5 minutes. Il fait une chaleur torride, la radio nous annoncera que la température est monté jusqu'à 37°. Les pentes sont très sèches. La région de Santiago subit actuellement une très grosse sécheresse. Il n'a quasiment pas plu depuis août. En conséquence, une grande partie de la végétation est desséchée.

Au bout d'une longue ascension de près d'une heure, nous atteignons le sommet de la colline. La vue est magnifique. Elle embrasse la ville et la cordillère enneigée. Tout en haut du cerro, a été édifiée une église en pleine air. De ce site, le pape Jean-Paul II a béni la ville en 1987.

Nous buvons un verre à la terrasse d'un restaurant, puis nous redescendons, en empruntant le funiculaire. En bas, nous suivons à nouveau la rue bordée d'étals.

Nous nous arrêtons plusieurs fois pour acheter quelques souvenir, puis allons jusqu'à une boutique vendant des bijoux en pierre de Lapis-Lazuli, pierre rara que l'on ne trouve qu'au Chili et en Afghanistan.

Nous poursuivons, en nous dirigeant vers le marché couvert, dans lequel nous avions fait provision de fruit, la veille. Malheureusement, peu de boutiques sont ouvertes. C'est déjà étonnant d'en trouver quelques unes, un dimanche après-midi. Nous achetons quelques melons, puis reprenons la direction de notre pension. En chemin, nous retirons l'argent nécessaire au paiement de notre chambre et de la taxe d'aéroport, puis nous achetons quelques victuailles pour le repas du soir, que nous prenons dans la chambre. Nous nous couchons tôt, et alors que nous commençons à nous endormir, nous entendons soudain des bruits de pétards. Serait-ce un coup d'état ? me demande Isabelle, angoissée. Il s'agit en fait d'un feu d'artifice, tiré en l'honneur de notre départ !!!

Lundi 28 décembre

C'est le jour du retour, l'épilogue de notre beau voyage. Un chaud soleil règne sur Santiago, quand nous sortons de la pension. Il est 7 heures 30. Une navette de la compagnie "Transfer" nous emmène à l'aéroport, où nous patientons près de deux heures avant le début de l'enregistrement des bagages. L'hôtesse des bus "Tranfer" nous avait pourtant certifié qu'il fallait venir très tôt… mais elle était sans doute guidée par un autre intérêt: celui d'optimiser les allers et retours de ses navettes.

Une fois dans la zone d'embarquement, nous apprenons que l'avion décollera avec une heure de retard. C'est finalement à 12 heures 45 que nous quittons la terre Chilienne, avec un brin d'émotion, riches de mille souvenirs, en nous disant qu'un jour, sans doute, nous reviendrons explorer ce si joli petit bout de planète.

       

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